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A-    La critique thématique ou la critique de l’imaginaire de Bachelard

1-      Définitions et concepteurs

 

Elle se développe à l’instar de Bachelard et ses disciples Jean Pierre Richard et Georges Poulet. Avec la nouvelle critique, il utilise la théorie des symboles et des mythes proches de l’anthropologie de l’imaginaire. Il pense à une étude des images et métaphores, à une utilisation de la psychanalyse, à une critique d’identification, à une rêverie créatrice et au créateur. L’histoire littéraire est pour lui, externe et pas essentielle, il ne se soucie que peu de la genèse d’une œuvre, mais beaucoup d’une approche personnelle et directe des œuvres.

On peut faire remonter l’approche thématique au romantisme allemand (la critique thématique est en effet, idéologiquement fille du romantisme allemand) pour qui l’œuvre d’art procède d’un univers imaginaire propre à l’artiste, et les thèmes sont les signes, les traces ou les marques de ce monde que le travail critique pourra reconstituer. On est donc dans une conception spirituelle et dynamique de l’acte créateur, où un destin spirituel se réalise dans le mouvement d’une production.

Selon Starobinski, Rousseau a été l’un des premiers dans l’histoire des Lettres en France à vivre ce « pacte du moi avec le langage », à faire dépendre son destin d’homme de sa création verbale. Pour Rousseau, il y a confusion entre l’existence, la réflexion et le travail littéraire : l’écrivain non seulement se dit, mais se crée dans l’engagement des mots. Rousseau et après lui les romantiques ont ainsi proposé une conception à la fois spiritualiste et dynamique de l’acte créateur : l’œuvre est l’aventure d’un destin spirituel, qui se réalise dans le mouvement même de sa production.

Marcel Proust prolonge cette conception en engageant une nouvelle définition du mot créateur. Il s’en explique clairement dans le Contre Sainte Beuve : « un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vies. Ce moi là, si nous voulons essayer de le comprendre, c’est au fond de nous même, en essayant de le recréer en nous, que nous pouvons y parvenir ». La plupart des critiques d’inspiration thématique partageant ce sentiment d’une plasticité dynamique du moi. Jean Pierre Richard cite : « devant le papier, l’artiste se fait ». Jean Starobinski pense de même, « l’écrivain, dans son œuvre, se vie, se dépasse et se transforme » et pour Jean Rousset qu’ « avant d’être production ou expression, l’œuvre est pour le sujet créateur un moyen de se révéler à lui-même »

La critique thématique récuse donc aussi bien la conception « classique » de l’écrivain totalement maître de son projet, que la démarche psychanalytique qui réfère à l’œuvre une intériorité psychique qui lui est antérieure. Elle n’oublie ni cette maîtrise ni cette part d’inconscient, mais rapporte la vérité de l’œuvre à une conscience dynamique entrain de se faire.

Puisque l’œuvre a une fonction tout à la fois de création et de dévoilement du moi, la critique thématique accorde une attention toute particulière à l’acte de conscience de l’écrivain. L’un des concepts majeurs de la critique thématique est donc celui de relations, c’est par son rapport à lui-même que le moi se fonde, c’est par sa relation à ce qui l’entoure qu’il se définit.

La lecture thématique des œuvres s’organise donc souvent en fonction des catégories de la perception et de la relation : temps, espace, sensations. Sur ce point la voie avait été tracée par Gaston Bachelard : c’est lui qui, le premier, avait montré comment l’imagination créatrice, s’approprie le temps et l’espace  selon un modèle révélateur d’un « être au monde » propre à l’artiste. Le style d’expression de la critique thématique se ressent de cette réflexion, en faisant des catégories de perception un large usage métaphorique. Si l’artiste se révèle dans son œuvre, il se construit tout aussi bien par elle.

La critique thématique postule donc une relation double, d’implication réciproque entre le sujet et l’objet, le monde et la conscience, le créateur et son œuvre. Bachelard écrivait : « nous croyons regarder le ciel bleu, c’est soudain le ciel bleu qui nous regard ». Jean Starobinski tire les conséquences de cette intuition en affirmant dans « la relation critique », « le lieu de cette nécessaire entre l’interprétation de l’objet et l’interprétation de soi ».

Bachelard faisait référence à la notion d’imagination et affirme qu’elle permet aux thématiciens de s’éloigner d’une conception fonctionnaliste du psychisme humain et d’en faire une faculté créatrice et réalisante. L’imagination est un dynamisme organisateur, elle organise le monde propre à l’artiste parce qu’elle est un phénomène d’être « une simple image, si elle est nouvelle, ouvre un monde vu des milles fenêtres de l’imaginaire, le monde est changeant ». Le concept de rêverie, aussi fréquent dans la critique thématique, éclaire cette conception. Le rêveur est ici presque l’opposé du rêve tel que l’appréhende la psychanalyse : alors que le rêve nocturne dissout la conscience au profit d’une langue de l’inconscient, la rêverie ou rêve diurne maintient la conscience à un certain niveau.  

La critique thématique refuse de considérer le texte comme un simple système langagier. Ce qui compte, c’est le sens et l’être- lecteur et écrivain qui s’élaborent grâce et à partir du texte. Ce dernier contient une part d’inconscient et construit des significations qui n’apparaissent que dans le travail d’élaboration. Cette critique relève d’une conception à la fois spirituelle et dynamique, qui intègre des éléments de différentes approches philosophiques et psychanalytiques avec qui elle a beaucoup de points communs. La critique thématique fut la première à mettre clairement l’accent sur la pluralité de sens dispensés par un texte, dont la lecture, fera le dévoilement. Le thème sera l’élément du texte choisi. D’une certaine manière, la critique thématique fait la synthèse entre la critique biographique de Sainte- Beuve et l’affirmation de Proust voulant que le moi créateur ne se confonde pas avec le moi

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